Partager l'article ! Réflexion sur le Mystère de l’Incarnation (suite et fin): La transition est faite avec le Nouveau Testament sur lequel nous nous penchons ...
La transition est faite avec le Nouveau Testament sur lequel nous nous penchons, en commençant par l’annonce faite à Marie :
« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. » ( Luc 1, 35 )
En concevant le Verbe de Dieu, Marie portera en elle celui que l’Univers ne saurait contenir, ce qui répond à la préoccupation de Salomon un peu plus haut : « Dieu habiterait-il vraiment avec les hommes sur la terre ? » En outre, en mettant au monde celui que le Père a engendré depuis toute éternité, Marie, la créature, devient la Mère de son Créateur. Nous comprenons alors qu’on puisse dire de Marie qu’elle est la Mère de Dieu.
En ce qui concerne la naissance de Jésus, le soir de Noël, l'ange annonce aux bergers: "aujourd'hui vous est né un
Sauveur, qui est le Christ Seigneur" ( Luc 2, 11 ). Ainsi, l''Enfant reçoit le titre divin de "Seigneur". Mais en outre, si le nom même de Jésus signifie "Yaheh-Sauve"
Nous comprenons de la même manière que l’évangile selon saint Jean puisse dresser de Jésus, selon les mots du père Donatien Mollat,
« un portrait à la fois hiératique (divin ) et plein de vérité humaine ». Cela se vérifie particulièrement dans l’épisode de la « Résurrection de Lazare ( Jean 11, 1-44 ) où nous
voyons Jésus pleurer sur le tombeau de son ami, alors que peu de temps après, il l’arrachera au sommeil de la mort. Ce qu’exprime parfaitement la Préface du cinquième dimanche de Carême :
« Il est cet homme plein d’humanité qui a pleuré sur son ami Lazare ; il est Dieu, le Dieu éternel qui fit sortir le mort de son tombeau. »
Enfin, ce n’est pas de manière provisoire que le Fils de Dieu a revêtu notre humanité, puisqu’il l'emporte avec lui auprès du Père, lors de son ascension. Autrement dit, Jésus qui n’a jamais cessé d’être Dieu durant son séjour sur la terre, puisqu’il est l’Homme-Dieu, assume désormais une humanité glorifiée auprès de Dieu. D’où l’importance de la question du sacerdoce de Jésus, l’unique Grand Prêtre, l’unique Pontife, l’unique Pont ( Passerelle ) jeté entre le monde de Dieu et celui des hommes. N’appartient-il pas aux deux rives : celle de la divinité, et celle de l’humanité ?
Accueillons ces autres passages très significatifs :
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut… Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme ; il venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu… Lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu, Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité… Car la Loi fut donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui l’a fait connaître. » ( Jean 1, 1-3. 9-10. 13-14. 17-18 )
« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, - car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. » ( 1 Jean 1, 1-3 )
« Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces temps qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs. » ( Hébreux 1, 1-3 )
Le Ressuscité dira de lui-même:
"Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin." ( Apocalypse 22, 13 )
Cet extrait de la Lettre de saint Paul Apôtre aux Phillipiens qui suit, nous rappelle que le propre de l’Amour, c’est de vouloir que l’autre soit égal à soi :
« Le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. » ( Phillipiens 2, 5-8 )
Venons-en aux quatre évangiles :
Nombreuses sont les fois où Jésus désigne Dieu comme étant son propre Père, lorsque ce ne sont pas les quatre évangélistes qui se chargent de le faire. Cependant, quoi qu’il dise, ou quoi qu’il fasse, nombreux sont ceux ne veulent pas croire qu’il est à la fois Dieu et homme, à commencer par ceux qui l’ont vu grandir :
« S’étant rendu dans sa Patrie, ( Jésus ) enseignait les gens dans leur synagogue, de telle façon qu’ils étaient frappés et disaient : « D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? N’a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? D’où lui vient donc tout cela ? » Et ils étaient choqués à son sujet. » ( Matthieu 13, 54-57 )
La problématique est la même ici :
« Les Juifs alors se mirent à murmurer à son sujet, parce qu’il avait dit : « Je suis le pain descendu du ciel. » Ils disaient : « Celui-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? » ( Jean 6, 41-42 )
De même, après que Jésus ait guéri un infirme le jour du sabbat, ce qui était perçu comme un viol du repos sabbatique, ce qu’il affirmera entraînera une réaction immédiate :
« Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi. » Aussi les Juifs n’en cherchaient que davantage à le tuer, puisque, non content de violer le sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu. » (Jean 5, 17-18 )
Ce qui entraînera, d’une part, cette remarque du Sauveur :
« Ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. Qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché… » (Jean 15, 22-24 )
Mais Jésus va également interpeller les consciences, et fournir des éléments pour un discernement :
« Les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. Jésus leur dit alors : « Je vous ai montré quantité de bonnes œuvres, venant du Père ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Juifs lui répondirent : « ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce-que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. » ( Jean 10, 29-33 )
« Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ; mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père. » ( Jean 10, 37-38 )
Cela prouve que ce que nous savons des autres constitue souvent un blocage, qui nous empêche d’aller plus loin dans la perception que nous devrions avoir d’eux. La véritable connaissance du Christ va au delà de la perception immédiate. Elle est de l’ordre de la révélation pour celui dont le cœur est disponible pour cela. Revenons à ce souhait formulé par saint Paul dont il a été question un peu plus haut :
« Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître ! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur… » ( Ephésiens 1, 17-18 )
Jésus, lui-même, a dit :
« Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » ( Luc 10, 22 )
Pour parler de l’unité qui existe entre son Père et lui, Jésus nous dit qu’ il est dans le Père et que le Père est en lui. Ce que les théologiens désignent ainsi : la « mutuelle immanence ». Voir Jésus, c’est voir le Père :
« Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu.
Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit.
Jésus lui dit : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : « Montre-nous le Père ? » Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes. » ( Jean 14, 7-11 )
A ses parents, Joseph et Marie, qui l’ont cherché durant trois jours avant de le retrouver dans le Temple, Jésus fera cette remarque :
« Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » ( Luc 2, 49 )
A ses disciples, il fera ces autres remarques :
« Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure en son amour. » ( Jean 15, 10 )
« Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » ( Jean 15, 15 )
Dieu avait bien été prié plus haut d’envoyer sa Sagesse :
« Donne-moi la Sagesse, assise près de toi. Qu’elle travaille à mes côtés et m’apprenne ce qui te plaît » ?
Le Christ, fils et Seigneur de David
« Comme les Pharisiens se trouvaient réunis, Jésus leur posa cette question : « Quelle est votre opinion au sujet du Christ ? De qui est-il le fils ? » Ils lui disent « De David. » -« Comment donc, dit-il, David, parlant sous l’inspiration, l’appelle-t-il Seigneur quand il dit :
Le Seigneur a dit à mon Seigneur :
Siège à ma droite,
Jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis
Dessous tes pieds ?
Si donc David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils ? ( Matthieu 22, 41-45 )
Ce que commente ainsi la Bible de Jérusalem : « Le Messie descendait de David et son caractère divin que David avait prophétisé ( psaume 110, 1+ ) le plaçait au dessus de ce dernier.
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Nous comprenons mieux les propos qui suivent lorsque nous savons que « Je Suis » est le nom que Dieu s’est donné en Exode 3, 14 et que Jésus s’attribue :
« Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » ( Jean 8, 24 )
« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que Je Suis… » ( Jean 8, 28 )
Dans l’extrait suivant, quand Jésus dit « C’est moi », cela veut dire littéralement « Je Suis ». Il s’agit donc d’une véritable théophanie ( manifestation divine ) qui explique le recul et la chute de ceux qui viennent l’arrêter.
« Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui advenir, sortit et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazôréen. » Il leur dit : « C’est moi. » (…) Quand Jésus leur eut dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent à terre. » ( Jean 18, 3-6 )
A l'heure où il passait de ce monde à son Père, Jésus s'adressera ainsi à son Père:
"Et maintenant, Père glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j'avais auprès de toi, avant que fût le monde." ( Jean 17, 5 )
A ce sujet, il avait déjà dit à ses disciples:
"Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien; c'est mon Père qui me glorifie..." ( Jean 8, 54
)
Après sa résurrection, Jésus dit à Marie de Magdala :
« Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » ( Jean, 20, 17 )
Thomas, lui, s’adressera à Jésus en ces termes :
« Mon Seigneur et mon Dieu. » ( Jean 20, 28 )
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Penchons-nous maintenant sur la puissance de la parole de Jésus qui est, lui-même, Parole de Dieu. A la fin d’un de ses discours, qui s’étend du chapitre 5 au chapitre 7 de l’évangile selon saint Matthieu, ce dernier nous parle de l’étonnement des foules qui « étaient frappés de son enseignement : car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes. » ( Matthieu 7, 28-29 )
Cette autorité n’a rien à voir avec le fait d’être autoritaire. Elle vient du grec « Exousia » et signifie que Jésus s’exprime en véritable Dieu qu’il est, sans avoir à se référer à quelqu’un d’autre. Et, ce faisant, il revoit et corrige les traditions de l’Ancien Testament. C’est ainsi qu’il donnera un enseignement sur le pur et l’impur qui remet en cause les interdits alimentaires de l’Ancien Testament dont nous savons à quel point les Juifs y étaient attachés. Ecoutons :
« Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait :
« Ecoutez-moi tous et comprenez ! Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »
Quand il fut entré dans la maison, à l’écart de la foule, ses disciples l’interrogeaient sur la parabole. Et il leur dit : « Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller, parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance » ( ainsi il déclarait purs tous les aliments ). ( Marc 7, 14-19 )
Et pour faire comprendre la nouveauté radicale qu’apporte son enseignement par rapport à celui du Premier Testament, il dira :
« Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf pour le coudre sur un vieux vêtement. Autrement, on aura déchiré le neuf, et le morceau ajouté, qui vient du neuf, ne s’accordera pas avec le vieux. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, il se répandra et les outres seront perdues. Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves. Jamais celui qui a bu du vieux ne désire du nouveau. Car il dit : « C’est le vieux qui est bon ». » ( Luc 5, 36-39 )
Par rapport au Judaïsme, ces propos nous orientent vers la naissance du Christianisme, religion où Jésus est à la fois « à la base comme pierre angulaire, et au sommet comme Dieu qu’on adore. »
D’autre part, comme c’est le cas pour le Père, la parole de Jésus fait ce qu’elle dit. Il commande à la maladie et à la mort qui lui obéissent, ce dont ses contemporains ont pu se rendre compte de manière évidente. Il démontrera sa capacité à maîtriser les éléments naturels, ce qui amènera les disciples à se poser, une fois de plus, la question de son identité :
« Qui est-il donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent ? » ( Marc 4, 41 )
Jésus ira même jusqu’à démonter une capacité de sa parole qui ne peut être accueillie que dans la foi, dans la mesure où on n’est pas dans le domaine de l’évidence. C’est ainsi qu’il dira à un paralytique :
« Homme, tes péchés te sont remis. »
Les scribes et les pharisiens se mirent à penser : « Qui est-il celui-là qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ? » ( Marc 2, 5-7 )
La Passion de Jésus contribue à la révélation de son identité :
« Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. Les soldats tressèrent une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre ; et ils s’avançaient vers lui et disaient : « Salut, roi des Juifs ! » » Et ils lui donnaient des coups.
De nouveau, Pilate sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l’amène dehors, pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : « Voici l’homme ! » Lorsqu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes vociférèrent, disant : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : Prenez-le vous, et crucifiez-le ; car moi, je ne trouve pas en lui de motif de condamnation. » Les Juifs lui répliquèrent : « Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. »
Lorsque Pilate entendit cette parole, il fut encore plus effrayé. Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus : « D’où es-tu ? » ( Jean 19, 1-9 )
La question de l’identité de Jésus est fondamentale pour sa condamnation. C’est ainsi , qu’à Pilate qui ne trouvait, dans tout ce qui lui était rapporté, aucun motif pour condamner Jésus, les Juifs finiront par avouer ce qu’ils lui reprochaient :
« Nous avons une Loi et d’après cette Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » ( Jean 19, 7 cf. Marc 14, 61-64, Luc 22, 66-71, Matthieu 26, 63-66 ) Ce qui amène Pilate à l’interroger de la plus belle manière sur son identité : « D’où es-tu ? » En d’autres termes, selon Donatien Mollat : « Quelle est ton origine ? »
Et voilà, paradoxalement, qu'alors que cette mise en scène a pour but de ridiculiser Jésus, c’est le moment de grandes révélations quant à son identité.
La couronne d’épines, posée sur sa tête, n’est pas moins une couronne, et il s’agit vraiment d’une intronisation. Le manteau de pourpre dont Jésus est revêtu est le costume du grand prêtre dans l’Ancien Testament, comme en témoigne ce passage du Livre de L’Exode : « Avec la pourpre violette et écarlate et le cramoisi, ils firent les vêtements liturgiques pour officier dans le sanctuaire. » ( Exode 39, 1 ) Ce n’est peut-être pas par hasard qu’il nous est rapporté que sur la Croix, la tunique que portait Jésus était « sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut ». La Bible de Jérusalem y voit une « allusion possible au sacerdoce du Christ en croix, la robe du grand prêtre ( devant ) être sans couture. »
Ainsi, à leur insu, ceux qui veulent se moquer de Jésus posent des gestes dont ils ignorent la portée : ils proclament Jésus Roi et Grand Prêtre. Mais les choses n’en resteront pas là puisque Pilate le présentera en disant : « Voici l’homme ! » L’homme-Dieu n’a-t-il pas été l’homme le plus accompli, tel que Dieu en a toujours rêvé ?
Enfin, même si un vingt et unième et merveilleux chapitre a été ajouté, par la suite, à l’Evangile selon saint Jean, c’est dans sa conclusion préalable, au chapitre 20, qu’il dit pourquoi il a mis par écrit cette Bonne Nouvelle :
« Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont «été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20, 30-31 )
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Sans parler du Livre des Actes des Apôtres où le titre de Seigneur, Kyrios , réservé jusqu’ici à Dieu, est attribué nombre de fois à Jésus, voyons ce que disent les épîtres qui sont des lettres, et un extrait du Livre De L’Apocalypse, de la divinité de Jésus :
« Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. » ( Colossiens 1, 15-17 )
« Le Christ tel que vous l’avez reçu, Jésus le Seigneur… en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité. » ( Colossiens 2, 6 et 9 )
« Vivre en attendant la bienheureuse espérance et l’Apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus. » ( Tite 2, 13 )
« Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Celui qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. » ( 1 Jean 4, 14-15 )
« Le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché. » ( 1 Jean 1, 7 )
« Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est Fils de Dieu ? » ( 1 Jean 5, 5 )
« Avec nous seront grâce, miséricorde, paix, de la part de Dieu le Père et de la part de Jésus Christ, le Fils du Père, en vérité et amour. » ( 2 Jean 1,3 )
« Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable. Nous sommes dans le Véritable, dans son Fils Jésus Christ. Celui-ci est le Dieu véritable et la Vie éternelle. » ( 1 Jean 5, 20 )
« Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche pas ; l’Engendré de Dieu le garde. » ( 1 Jean 5, 19 )
« Beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, qui ne confessent pas Jésus Christ venu dans la chair. » ( 2 Jean 1, 7 )
« Tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ; c’est là l’esprit de l’Antichrist. » ( 1 Jean 4, 2-3 )
« Quiconque nie le Fils ne possède pas non plus le Père. Qui confesse le Fils possède aussi le Père. » ( 1 Jean 2, 23 )
Evoquons enfin cette image extrêmement riche de signification que nous rapporte le Livre de l’Apocalypse :
« Alors je vis, debout entre le trône aux quatre Vivants et les Vieillards, un Agneau, comme égorgé, portant sept cornes… » ( Apocalypse 5, 6 )
L’Agneau dont il est question ici n’est autre que le Christ, l’Agneau pascal. L’agneau est, d’une manière générale, un symbole d’innocence et de faiblesse. L’innocence de Jésus, qui n’a jamais commis le moindre péché, nul ne saurait en douter. Pour ce qui est de la faiblesse, jamais un agneau n’aura raison du loup. Jésus nous a prouvé le contraire, en nous démontrant que la faiblesse apparente peut être une force redoutable.
Dans sa vision, Jean voit un Agneau comme égorgé, ce qui signifie que le Christ glorieux porte encore les stigmates de sa Passion qui semblait être un signe d’extrême faiblesse. Mais cet Agneau est doté de sept cornes. Dans la Bible, la corne est un signe de puissance, et le chiffre sept celui de la plénitude. Dire que l’Agneau a sept cornes, c’est affirmer qu’il est Tout - Puissant. Tout-Puissant, n'est-ce pas une des manières de désigner Dieu ? Quel paradoxe ! Quel rapprochement des extrêmes ! L’Agneau, signe de faiblesse, est Tout Puissant, il est Dieu.
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Nombreux sont ceux qui ont voulu simplifier le mystère de l’Incarnation, d’où ces différentes approches que nous trouvons dans l'encyclopédie Théo :
a) Le Docétisme, ( du grec dokein : paraître ), qui affirmait que Jésus est bien Dieu, mais qu’il a fait semblant d’être homme.
b) La Gnose, selon laquelle Jésus ne serait ni homme ni Dieu, mais un intermédiaire.
c) L’Adoptianisme, selon lequel Jésus ne serait qu’un homme adopté par Dieu.
d) L’Arianisme, selon lequel Jésus serait seulement la plus haute créature.
e) L’Appolinarisme, selon lequel le Verbe tient lieu d’âme à l’homme Jésus.
f) Le Nestorianisme, selon lequel il existe en Jésus deux personnes distinctes, l’une divine, et l’autre humaine.
g) Le Monophysisme, selon lequel il n’y avait qu’une seule nature en Jésus, la nature divine, son humanité ayant été absorbée par sa divinité.
« Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme »
« Les nombreuses difficultés que devait inévitablement poser à l’esprit cette affirmation extraordinaire ont conduit l’Eglise au cours des premiers siècles ( conciles de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine, aux IVe et Ve siècles ) à cerner de plus près ce mystère et celui de la personne du Christ. Il fallait en effet répondre aux hérésies de sens contraire qui déchiraient les communautés chrétiennes : certaines ne voyaient que l’homme en Jésus de Nazareth ; d’autres ne voyaient en lui que le Fils de Dieu.
Recourant au langage philosophique de l’époque, les conciles de Nicée ( 325 ) et Constantinople (381 ) ont tranché le débat en précisant qu’il y avait en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine, indissociablement unies dans ce que les théologiens ont appelé une hypostase, c’est-à-dire une personnalité unique. » ( THEO édition Droguet et Ardant 1993, page 681 )
Par sa venue en ce monde, sa mort et sa résurrection, Jésus a ouvert les temps eschatologiques, c’est à dire les derniers temps. Car depuis, c’est le début de la fin du monde, ou, plus précisément, de la fin d’un monde. C’est la raison pour laquelle saint Paul nous dit, à nous qui attendons la Parousie ( le Retour du Christ ) :
« Frères, je dois vous le dire : le temps est limité… car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. » ( 1 corinthiens 7, 29 et 31 )
Accueillons, pour mettre un terme à notre réflexion, le merveilleux commentaire que fait Marie-Noëlle Thabut de ce passage :
Nous avons là « deux affirmations presque semblables… « Le temps est limité » ; en fait, dans le texte grec, c’est un terme de navigation : « le temps a cargué ses voiles ». L’image est suggestive : quand un bateau parvient en vue du port, au terme de son voyage, il cargue ses voiles, c’est-à-dire qu’il les replie pour entrer dans le port. Paul se représente l’humanité comme un bateau au terme de son voyage ; l’arrivée au port est imminente, c’est-à-dire à la fois proche et certaine. On pourrait dire, comme nos commentateurs sportifs : nous sommes sur la dernière ligne droite. On comprend bien alors la dernière phrase qui en est la conséquence évidente : si l’humanité est parvenue au terme de sa course, « ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ». Nous sommes au seuil d’un monde nouveau ; celui qu’Isaïe nous promettait : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle » ( Isaïe 65, 17 ).
( Marie-Noëlle Thabut dans L’intelligence des Ecritures, Tome 4 Editions Soceval, 2000 )
Roger Berthol