Partager l'article ! Réflexion sur le Mystère de l’Incarnation (partie 1): Comme le font beaucoup de jeunes ...
Comme le font beaucoup de jeunes, après ma confirmation, j’ai déserté l’Eglise pour y revenir à 23 ans, en 1982. L’occasion m’a alors été donnée de lire l’évangile et les épîtres de saint Jean, avec les commentaires du père Donatien Mollat. J’ai pu comprendre que Jésus « existait » déjà avant de venir sur la terre. J’ai donc admis l’idée d’une préexistence relative à son sujet, mais je voulais savoir quand cette préexistence avait commencé.
C’est ainsi qu’en 1983, alors que je faisais partie du groupe de réflexion « Recherche et Vie », animée par le père Gabriel Valard, j’ai demandé à ce dernier quand Dieu avait-il créé Jésus ? Dans sa réponse, j’ai compris, d’une part, que le Verbe de Dieu ( Le Logos ), devenu Jésus sur la terre, n’avait pas été créé, mais engendré. Quant au moment de cet engendrement, cela s’étant fait hors du temps, mais dans l’éternité de Dieu, il ne pouvait être situé. Par conséquent, c’est depuis toute éternité que le Verbe de Dieu est engendré. Jésus n’a-t-il pas dit aux Juifs : « En vérité, en vérité, avant qu’Abraham fut, Je Suis » ( Jean 8, 58 ) ? Ce qui sous-entend une idée de permanence, et non de préexistence relative.
Cette révélation fut pour moi comme un véritable traumatisme dans un sens positif, et ça a conditionné la lecture et la relecture que j’ai pu faire de la Bible jusqu’à ce jour. C’est comme si je cherchais les preuves de ces affirmations, dont j’exposerai bon nombre un peu plus loin. Dans ce labyrinthe auquel ressemblent parfois les Ecritures, j’avais trouvé le fil rouge qui sert de guide, et conditionne jour après jour la lecture que je fais de ce Livre qui est devenu ma véritable passion.
Toutes mes homélies sont également basées sur la question de l’identité de Jésus qui, venant du ciel, est descendu sur la terre. Saint Jean précisera : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. » ( Jean 3, 16 ) Et la remarque que Jésus fait à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu… » ( Jean 4, 10 ), autrement dit : « Si tu savais quel cadeau le Père a fait au monde en ma personne », c’est la remarque qu’il adresse à l’humanité toute entière. Remarque qui s’adresse notamment à ses bourreaux auxquels il demande au Père de pardonner, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font quand ils mettent à mort celui, dont ils n’ont pas conscience, qu’il est le Fils éternel de Dieu. Ce qui nous amène à affirmer que la mise à mort de Jésus va infiniment plus loin qu’un simple homicide. Un auteur anonyme du quatrième siècle parlait en ces termes de la mort de l'Homme-Dieu : « Dieu s’est endormi dans la chair ».
Pour ce qui concerne la Bible, dans son ensemble, elle est souvent perçue comme étant un recueil de principes moraux, ce qui la rend peu attrayante. Cependant, d’après l’enseignement reçu du père Philippe Mercier, il ressort que, composée de deux ensembles, l’Ancien et le Nouveau Testament, elle est une bibliothèque de 73 livres : 46 pour l’Ancien Testament, et 27 pour le Nouveau Testament.
Le mot Bible vient d’un mot grec « Ta Biblia » qui signifie « Les livres ». Traduit en latin, ce mot a été compris comme un féminin singulier « Biblia-e », à savoir en français, « La Bible » ou « Le Livre ». L’activité littéraire par laquelle elle devient Ecriture s’étend de 1100 avant Jésus-Christ à 90 après Jésus-Christ, donc à peu près 2000 ans. Issue d’une Tradition orale, elle est toujours Parole d’abord, avant de devenir corps écrit.
Le premier ensemble, que constitue l’Ancien Testament, est organisé en trois grands recueils :
a) Loi ou Pentateuque ( Torah )
b) Prophètes ( Neviim )
c) Ecrits ou Sagesse ( Ketouvim )
Le second ensemble, que constitue le Nouveau Testament, comprend :
a) Les quatre Evangiles où il est question de la vie de Jésus ( naissance, mort, résurrection, Ascension ) et Les Actes des Apôtres où il est question de la naissance de l’Eglise, suite à la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte, et de la vie des premières communautés chrétiennes
b) 22 Lettres ou Epîtres : 14 de saint Paul, 1 de saint Jacques, 2 de saint Pierre, 3 de saint Jean, une de saint Jude, et une aux Hébreux dont on ne connaît pas l’auteur
c) Le Livre de L’Apocalypse ( mot qui signifie « Révélation » ou « Dévoilement » ).
Il existe des noms ou expressions pour désigner ce Livre :
a) Un mot simple et pratique : La Bible
b) Une désignation de culture religieuse : Les Saintes Ecritures ou L’Ecriture
c) Une expression qui en dit la substance : La Parole de Dieu
Trois grandes religions viennent de la Bible :
La religion juive
C’est aux Juifs que la Parole de Dieu a été révélée en premier. Depuis Abraham jusqu’à la venue de Jésus, ils étaient le Peuple élu de Dieu. Ils ne reconnaissent que quelques livres de l’Ancien Testament. L’enseignement de la Bible constitue pour eux ce qu’ils appellent la « Torah » : La Loi et Les Prophètes. Ils attendent encore le Messie.
En acceptant L’Ancien et Le Nouveau Testament, ils affirment que Jésus est le Messie qui devait venir.
Chez eux, les « Souates », ou chapitres du Coran, viennent à la fois de l’Ancien et du Nouveau Testament.
-----------------------------
Ceux qui sont persuadés qu’il faudrait lire la Bible d’un bout à l’autre pourraient remettre sans cesse à plus tard ce projet, devant l’ampleur de la tache. Pour les chrétiens que nous sommes, ce qui importe le plus, c’est le Nouveau Testament. Toutefois, la connaissance de l’Ancien permettant de mieux comprendre le Nouveau, celui qui voudrait faire un petit parcours de l’Ancien, peut relire le discours d’Etienne dans Actes des Apôtres 7, 2-53, et le discours de saint Paul dans Actes des Apôtres 13, 16-39.
Si certains remettent toujours à plus tard la lecture de la Bible, il arrive, par contre, que nous entendions des réflexions du genre : « La Bible, je l’ai lue d’un bout à l’autre…je la connais par cœur. » Non seulement cela reste à prouver, mais nous pouvons également nous demander si c’est là ce que le Seigneur attend de nous. Car si certaines pages de cette bibliothèque que constitue la Bible sont célèbres, si un nombre impressionnant de personnes ont entendu parler, ne serait-ce qu’une fois, de certains évènements capitaux qui sont constitutifs de l’Histoire Sainte, il faut reconnaître que Dieu est Mystère, que sa parole est mystérieuse, et que son Fils Jésus, qui est sa Parole vivante, est également Mystère. Aussi, la connaissance de Dieu, et de sa Parole, n’est-elle pas une question d’appréhension intellectuelle, mais l’entrée dans l’intelligence, la compréhension d’un Mystère qui, par définition, est tellement riche de signification, qu’il comporte un excès de sens.
Nous comprenons alors que nous n’en aurons jamais fait le tour ici-bas, ce qui ne nous empêche pas de nous efforcer d’en saisir l’essentiel. Peut-être serons-nous alors en mesure de nous exprimer comme le fait saint Paul, lorsqu’il s’adresse en ces termes aux Ephésiens : « A me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ. » ( Ephésiens 3, 4 ) En effet, c’est dans la personne du Christ, dans ses paroles et tous ses faits et gestes, que se dévoilent véritablement le « mystère de Dieu, dans lequel se trouvent cachés ( toujours selon saint Paul ) tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. » ( Colossiens 2, 2-3 )
Aussi, après que Jésus ait dit aux disciples d’Emmaüs : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes », il nous est précisé qu’ « Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. » ( Luc 24, 44-45 ) Et saint Paul d’expliquer : « Jusqu’à ce jour en effet, lorsqu’on lit l’Ancien Testament, ( un ) voile demeure. Il n’est point retiré ; car c’est le Christ qui le fait disparaître. Oui, jusqu’à ce jour, toutes les fois qu’on lit Moïse, un voile est posé… C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé. » ( 2 Corinthiens 3, 14-16 )
Puissions-nous alors accueillir cette grâce que saint Paul implore pour ses semblables : « Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître ! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur… » ( Ephésiens 1, 17-18 )
---------------------------------------
Depuis les débuts de l’Histoire Sainte, il est question, d’une manière plus ou moins explicite, de l’annonce de la venue de quelqu’un, qui serait un nouveau Moïse, un roi, un Sauveur. Il serait le Messie en hébreux, ou le Christ en grec, ce qui signifie en français : l’Oint de Dieu, celui qui a reçu l’onction, qui a été consacré par Dieu. Ce Messie est venu en la personne de Jésus, cependant petit à petit on découvrira qu’il est beaucoup plus que cela, car il n’est autre que le Fils éternel de Dieu.
Pour les Juifs qui pensaient que Dieu était solitaire, il était inconcevable qu’il puisse avoir un Fils. Et quand bien même ce serait le cas, jamais ils n’auraient imaginé que celui-ci puisse se faire homme, devenir l’un de nous, tout en demeurant Dieu. Tous les déboires de Jésus trouvent là leur origine. C’est pour cette raison que toute sa vie publique sera un long procès dans le cadre duquel il sera sommé de dire qui il est, et en dépit de toutes les preuves qu’il pourra fournir, il sera condamné. A ce sujet, saint Jean nous rapporte un échange très significatif entre les Juifs et lui :
« Les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. Jésus leur dit alors : « Je vous ai montré quantité de bonnes œuvres, venant du Père ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Juifs lui répondirent : « ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce-que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. » ( Jean 10, 29-33 )
Si, dans l’Ancien Testament, on était loin de s’imaginer que Dieu puisse avoir un Fils, il y sera néanmoins de plus en plus question d’une réalité mystérieuse qui demeure auprès de lui, réalité dont on ira jusqu’à implorer la venue sur la terre. Personnifiée, elle est tantôt appelée « Parole », tantôt « Sagesse » de Dieu. Commençons par accueillir ces textes de l’Ancien Testament avant de nous pencher sur ceux du Nouveau :
« (Dieu ) a creusé la voie entière de la connaissance et l’a montrée à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé ; puis elle est apparue sur la terre et elle a vécu parmi les hommes.
Elle est le Livre des préceptes de Dieu, la Loi qui subsiste éternellement. » ( Baruch 3, 37 à 4, 1 )
Commentaire de la Bible de Jérusalem : « La Sagesse est identifiée à la Loi… Même si c’est de la Loi Juive qu’il s’agit ici, les Pères de l’Eglise ont lu ce texte dans la perspective de l’Incarnation. »
Venons-en aux livres sapientiaux. Nous aurons des citations d’un psaume, des Proverbes ( cinquième siècle avant Jésus Christ ), de l’Ecclésiastique ( deuxième siècle avant Jésus Christ ), et du Livre De La Sagesse ( écrit dans la seconde moitié du premier siècle avant notre ère ). Accueillons au préalable ce commentaire de la Bible de Jérusalem à propos de la Sagesse :
Progressivement, « la Sagesse, attribut de Dieu, se détache de lui et devient une personne. Dans la foi de l’Ancien Testament, ces expressions si vives excèdent les limites d’une personnification littéraire, mais elles gardent leur mystère et préparent la révélation des Personnes Divines. Comme cette Sagesse, le Logos de Saint Jean est à la fois en Dieu et hors de Dieu, et tous ces grands textes justifient le titre de « Sagesse de Dieu » que saint Paul donne au Christ en 1 Corinthiens 1, 24.
Voyons ces citations :
« Par la parole de Yahvé les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche, toute leur armée. » ( Psaume 33, 6 )
« Par ses paroles le Seigneur a fait ses œuvres. » ( Ecclésiastique 42, 15 )
La Sagesse dit d’elle-même :
« Je suis issue de la bouche du Très-Haut… j’ai habité les cieux. Avant les siècles, dès le commencement il m’a créée, éternellement je subsisterai. » ( Ecclésiastique 24, 3.4.9 )
Nous sommes également invités à l’écouter dans cet extrait du Livre Des Proverbes :
Ecoutez ce que déclare la Sagesse :
« Le Seigneur m’a faite pour lui
au commencement de son action,
avant ses œuvres les plus anciennes.
Avant les siècles, j’ai été fondée,
Dès le commencement, avant l’apparition de la terre.
Quand les abîmes n’existaient pas encore,
Qu’il n’y avait pas encore les sources jaillissantes,
Je fus enfantée.
Avant que les montagnes soient fixées,
Avant les collines, je fus enfantée.
Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs,
Ni l’argile primitive du monde,
Lorsqu’il affermissait les cieux, j’étais là.
Lorsqu’il traçait l’horizon à la surface de l’abîme,
Chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs
Et maîtrisait les sources de l’abîme ;
Lorsqu’il imposait à la mer ses limites,
Pour que les eaux n’en franchissent pas les rivages,
Lorsqu’il établissait les fondements de la terre,
J’étais à ses côtés comme un maître d’œuvre.
J’y trouvais mes délices jour après jour,
Jouant avec lui à tout instant,
Jouant sur toute la terre,
Et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »
( Proverbes 8, 22-31 )
Même les philosophes athées ont compris qu’il était impossible pour l’homme de se mettre à la portée de l’Infini, car seul l’Infini pourrait descendre vers l’homme afin de se mettre à sa portée. Pour ce faire, il faudrait que l’Infini rentre dans les limites du fini. N’est-ce pas, dans une large mesure, ce qu’exprime cet extrait du Livre De La Sagesse ?
Dieu de mes pères et Seigneur de tendresse,
Par ta parole tu fis l’univers,
Tu formas l’homme par ta Sagesse
Pour qu’il domine sur tes créatures,
Qu’il gouverne le monde avec justice et sainteté,
Qu’il rende, avec droiture, ses jugements.
Donne-moi la Sagesse,
Assise près de toi.
Ne me retranche pas du nombre de tes fils :
Je suis ton serviteur, le fils de ta servante,
Un homme frêle et qui dure peu,
Trop faible pour comprendre
Les préceptes et les lois.
Le plus accompli des enfants des hommes,
S’il lui manque la Sagesse que tu donnes,
Sera compté pour rien.
Or la Sagesse est avec toi,
Elle qui sait tes œuvres ;
Elle était là quand tu fis l’univers,
Elle connaît ce qui plaît à tes yeux,
Ce qui est conforme à tes décrets.
Des cieux très saints, daigne l’envoyer,
Fais-la descendre du trône de ta gloire.
Qu’elle travaille à mes côtés
Et m’apprenne ce qui te plaît.
Car elle sait tout, comprend tout,
Guidera mes actes avec prudence,
Me gardera par sa gloire.
( Sagesse 9, 1-11 )
Environ cinquante années avant la Nativité du Christ, ces autres extraits du Livre De La Sagesse, parlent en termes d’accomplissement :
« Nous avons du mal à conjecturer ce qui est sur la terre, et ce qui est à notre portée nous ne le trouvons qu’avec effort, mais ce qui est dans les cieux, qui l’a découvert ? Et ta volonté, qui l’a connue, sans que tu aies donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton esprit saint ? Ainsi ont été rendus droits les sentiers de ceux qui sont sur la terre, ainsi les hommes ont été instruits de ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés. » ( Sagesse 9, 16-18 )
« Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal… elle touchait au ciel et se tenait sur la terre. » ( Sagesse 18, 14-16 )
Nous trouvons ici une des raisons pour lesquelles nous fêtons à Minuit la Nativité du Christ : « la nuit parvenait au milieu de sa course », une manière de dire qu’il était minuit. C’est pour nous l’occasion de préciser que l’ancienne Tradition biblique distinguait quatre grandes nuits dans l’histoire de l’humanité :
a) la nuit de la création du monde. Pour Israël, la Création est déjà une œuvre de salut de Dieu qui arrache cette Création au néant, au chaos primitif.
b) la nuit de l’alliance avec Abraham ( voir Genèse 15, 17-21 )
c) la nuit de la libération d’Egypte, donc la première Pâque avec le passage de la mer Rouge
d) la nuit qu’on attendait, celle où viendrait le Messie
Depuis, il y a eu :
a) la nuit où le Messie est effectivement venu
b) la nuit pascale, celle de la deuxième Pâque, de la résurrection du Sauveur, nuit de recréation du monde
Dans le cadre de la Tradition prophétique, Isaïe adressera cette supplication à Dieu :
« Ah ! si tu déchirais les cieux et descendais… » ( Isaïe 63, 19 )
Après la construction du Temple, le roi Salomon dit à Yahvé, à propos de ce qui ne devrait être qu’une présence spirituelle :
« Je t’ai construit une demeure princière, une résidence où tu habites à jamais…Mais Dieu habiterait-il vraiment avec les hommes sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne le peuvent contenir, moins encore cette maison que j’ai construite ! » ( 1 Rois 8, 13 et 27 )
Le roi Salomon ne se doutait pas que Dieu irait infiniment plus loin que ce qu’il osait à peine imaginer. Ecoutons encore le prophète Isaïe :
« Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » ( Isaïe 7, 14 )
La Bible de Jérusalem commente ainsi cet oracle : « Yahvé donne à Achaz le signe que celui-ci a refusé de lui demander. C’est la naissance d’un fils, Ezéchias, qui assurera la permanence de la lignée messianique de David. Mais la solennité de l’oracle et le nom symbolique donné à l’enfant ( Emmanuel ) : Dieu avec nous, font entrevoir dans cette naissance, au delà de la continuité dynastique, une intervention de Dieu en vue du règne messianique définitif. Dans le Nouveau Testament( Matthieu 1, 23 ; 4, 15-16 ), puis dans toute la tradition chrétienne, on a reconnu ici l’annonce de la naissance du Christ. La jeune femme : la traduction grecque dit la vierge, précisant ainsi le mot hébreu almah, jeune fille, ou jeune femme récemment mariée. Le texte de la Septante ( traduction grecque ) est un témoin de l’interprétation juive ancienne, consacrée par Matthieu 1, 23 , qui lit ici l’annonce de la conception virginale de Jésus. »
En prenant chair de la Vierge Marie, c’est notre condition humaine que Jésus épouse. C’est cette lecture que nous pouvons faire de ces mots d’Isaïe, qui s’adressent d’abord à Israël, tout en exprimant parfaitement le lien qui s’est tissé entre le Créateur et sa créature qu’est l’homme :
« Ton créateur est ton époux. » ( Isaïe 54, 5 )
Lorsque des hommes ont marché sur la lune, ce fut un exploit d’une portée considérable. Pourtant l’un de ceux qui ont fait partie du deuxième voyage a dit que « le plus important n’est pas que l’homme ait marché sur la lune, mais que Dieu ait marché sur la terre ».
Le psalmiste lui-même, qui s’étonnait déjà de l’attention que Dieu portait à sa créature, n’aurait jamais pu imaginer que les choses puissent prendre un jour une telle tournure :
« A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? »
( Psaume 8, 4-5 )
---------------------------------------