Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 14:53

« Rendez à César ce qui est à César

et à Dieu ce qui est à Dieu »

29ème dimanche Année A

 

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22, 15-21

 

            Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? –De l’empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

 

Homélie

 

Cette page d’Evangile nous rappelle le contexte dans lequel s’est déroulé le procès intenté à  Jésus, qu’on cherche à perdre à la fois sur le plan politique et sur le plan religieux. De quoi s’agit-il ? Il se trouve que des pharisiens et des partisans d’Hérode se mettent d’accord pour tendre un piège à Jésus. La question est de savoir s’il faut  payer l’impôt à l’empereur. A priori, il s’agit tout simplement de savoir s’il faut accomplir son devoir de citoyen. Mais à regarder de plus près, compte tenu du contexte politique, il s’agit plutôt de savoir s’il faut payer l’impôt à un pouvoir colonial, la Palestine étant sous occupation, sous domination romaine en ce temps là.

 

Les partisans d’Hérode pensaient qu’on devait s’acquitter de ce devoir, alors que les pharisiens pensaient le contraire. Nous constatons dès lors que Jésus se trouve face à un dilemme étant donné que, quelle que soit la réponse qu’il donnera, ça devrait lui coûter cher. S’il dit qu’il ne faut pas payer, les partisans d’Hérode le dénonceront comme résistant, voire comme révolutionnaire, il serait alors condamné. S’il dit qu’il faut payer, cela ferait le bonheur des pharisiens, vu qu’il perdrait alors toute crédibilité auprès de son peuple en passant pour un collaborateur. Ne perdons pas de vue que le peuple attendait un Messie qui serait, avant tout, un libérateur politique qui débarrasserait la Palestine de l’occupant romain.

   

Avant de donner sa réponse, Jésus demande à ses interlocuteurs de lui monter la monnaie de l’impôt, ce qu’ils font. Il leur demande alors de qui sont l’effigie et la légende qui figurent sur la pièce. Ils répondent :  « de l’empereur César ». Le César du moment était Tibère ; La légende sur laquelle aucune précision ne nous est donnée dans l’évangile est la suivante :  « Tibère, fils du divin Auguste, Auguste ». Ce dernier était donc considéré comme une divinité.

 

La réponse de Jésus « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » renvoie chacun à sa conscience. Il ne se prononce pas sur la nature de ce pouvoir, sur lequel il ne porte pas de jugement. Cependant ses interlocuteurs sont invités à comprendre qu’il ne saurait être question de rendre à César un culte qui n’est réservé qu’à Dieu, ce qui ne serait rien d’autre que de l’idolâtrie. Cette réponse de Jésus remet des réalités à leurs places en désacralisant les pouvoirs politiques. Car, de la même manière qu’on attribuait à Dieu la création du Bien et du Mal, de la vie et de la mort, on croyait que tout pouvoir venait de lui. Aussi demandait-on aux gens de se soumettre à l’ordre établi même quand celui-ci était douteux.

   

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », l’Eglise elle-même mettra du temps avant de mettre en pratique ces paroles. Il faudra attendre la Révolution française de 1789 pour aboutir en France à la séparation de l’Eglise et de l’Etat . Il est vrai qu’on ne se trouvait plus dans le cadre d’un pouvoir idolâtre où le roi se prendrait pour un dieu. Il n’en demeure pas moins que c’étaient des monarchies de droit divin où tout excès était possible au nom de l’Eglise, au nom de Dieu. Nous assistons encore de nos jours à bien des dérives commises par des Etats religieux, et ce au nom de Dieu, notamment avec l’intégrisme qui amène à «  faire la volonté de Dieu, qu’il le veuille ou pas ».

    

La théologie de la libération née en 1960 en Amérique latine a impliqué l’Eglise à nouveau de manière concrète dans le combat politique et économique. Peut-être était-ce une manière de contredire Karl Marx qui a déclaré que « la religion est l’opium du peuple », de contredire aussi tous ceux qui pensent que l’Eglise parle, qu’elle fait de grandes déclarations, mais n’agit point. Le pape Jean-Paul II a reconnu la fécondité de cet engagement de l’Eglise qui est sur ce continent envers les plus pauvres. N’empêche qu’il y a eu des rappels à l’ordre de la part du cardinal Ratzinger quant à certains écarts. Cela nous fait penser au père Jean-Bertrand Aristide qui a laissé  son ministère pour devenir le président de la République d’Haïti. Toutefois, ayant été relevé de ses fonctions, l’Eglise n’est pas impliquée en tant qu’institution dans son engagement.

   

Même si l’abbé Pierre a été député dans les années 50 et que, plus près de nous, le père Georges Zaïre a été conseiller municipal de la ville de Fort-De-France, nous pouvons déduire des propos de Jésus qu’il ne faut pas que l’Eglise, en tant qu’institution, prenne des engagements qui pourraient se révéler compromettants pour elle à plus ou moins long terme. Il est cependant plus que souhaitable que des chrétiens s’engagent, à titre personnel, à tous les niveaux dans la cité.

 

Certains ont été exemplaires à ce sujet, tel le roi Baudouin de Belgique. En effet, lorsqu’il a été question de voter la loi qui autoriserait l’avortement dans son pays, il a démissionné durant 24h, le temps du vote. Ce fut un geste symbolique afin que l’Histoire retienne que ce n’est pas sous son règne qu’un tel choix a été fait. Nous pouvons citer aussi le cas de Madeleine Delbrel qui s’est engagée dans une municipalité communiste dans le val de Marne, se mettant au service des autres avec des gens dont elle ne partageait pas les convictions.

 

En se mettant au service des autres, ces chrétiens que nous venons de citer comme exemples avaient compris qu’avant d’être citoyen du monde, d’un Etat, l’Homme est avant tout un citoyen des cieux, créé à l’effigie, à l’image de Dieu. Aussi, tout en travaillant avec d’autres dont ils ne partageaient pas forcément les convictions, ils se sont efforcés de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

 

A chaque chrétien de savoir, selon la formation reçue, selon ses compétences, selon les dons qui lui ont été faits, comment les mettre au service de ses frères, en sachant faire la part des choses entre ses devoirs de citoyen, et ses devoirs de chrétien.

 

                                                                                                                  Roger Berthol

 

 

 

                                                                   

Par Roger BERTHOL
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